04 juillet 2008

Emile Augier

Ma chambre, ressemble tout à coup à un grenier où les choses s'entassent. Ressemble à ces endroits où l'on accumule du passé. Le mur qui s'effrite, le sol depecé, les photographies froissées, et tout ces meubles alignés, qui attendent leur tour. Et puis, entre tous, un papier tâché. Sur une de ces feuilles de bloc de cuisine, je retrouve l'écriture griffonée de mon grand père.

Pauvre enfant qui voulez combattre la nature
Qui doutez de l'amour et repoussez sa loi,
Qu'avez-vous donc souffert et par quelle blessure
Ce coeur de dix-huit ans a-t-il perdu la foi ?

La fleur d'Avril est-elle à tout jamais fanée,
Pour avoir frissonné sous ton souffle du Nord ?
La coupe de vos jours est-elle empoisonnée
Par un pleur de vos yeux qui coula sur le bord ?

Moi qui suis déjà vieux dans les choses humaines,
Dont le coeur a saigné plus souvent qu'à son tour.
Je ne regrette pas le sang pur dont mes veines
Ont rougi les boissons où je cherchais l'amour.

Car ce que m'ont appris la ronce et les épines,
C'est qu'il n'est rien de bon au monde que d'aimer,
Que même les douleurs de l'amour sont divines.
Et qu'il vaut mieux briser son coeur que le fermer.


Et c'est d'Emile Augier.


03 juillet 2008

Au kazoo

Elle est revenue de la gare.
Dans ce train, elle s'était sentie clandestine, tordue sur ses deux sièges, tête reposée sur son sac ridiculement petit.
Elle aurait aimé arriver n'importe où, retrouver n'importe qui, passer la nuit dans ce train à laisser les paysages filer.
Pas de remords, simplement des regrets. Toutes ces promesses écrites du regard, et gommées si vite, si brusquement par quelques mots. Quelle farce. Tout ceci s'était fait proprement, sans lâcheté, sans questions, sans traces. Oui, à la maniète d'un véritable meurtre, finalement.

Il y a des mois comme ça, qui sont des mois de merde.


Dans cette cuisine crasse, je m'amuse de voir ces gens s'étonner chaque fois des pluies qui battent les carreaux. Après le mépris, j'ai cette envie irrépressible, moi aussi, de m'étonner, de jouer la stupéfaite, pour rien, en fait. Pour le plaisir du commun, des banalités. Et puis alors, d'un jeu, c'en devient un plaisir, puis une passion, un besoin. Celui de regarder cette nature, la figer, la magnifier. L'écouter, s'échapper.

Finalement, c'est excitant, deux destins qui bifurquent.
Le plaisir qu'un enfant à a faire sans lasse ces châteaux de sable minables, il n'est que dans ce moment si court, si féroce et barbare où l'on détruit tout, bam, d'un coup de pied sadique, c'est ça, le meilleur. Construire pour déconstruire, finalement. Le plaisir de se mettre à l'épreuve, d'être son propre ennemi et de faire mieux la fois suivante.