04 juillet 2008

Emile Augier

Ma chambre, ressemble tout à coup à un grenier où les choses s'entassent. Ressemble à ces endroits où l'on accumule du passé. Le mur qui s'effrite, le sol depecé, les photographies froissées, et tout ces meubles alignés, qui attendent leur tour. Et puis, entre tous, un papier tâché. Sur une de ces feuilles de bloc de cuisine, je retrouve l'écriture griffonée de mon grand père.

Pauvre enfant qui voulez combattre la nature
Qui doutez de l'amour et repoussez sa loi,
Qu'avez-vous donc souffert et par quelle blessure
Ce coeur de dix-huit ans a-t-il perdu la foi ?

La fleur d'Avril est-elle à tout jamais fanée,
Pour avoir frissonné sous ton souffle du Nord ?
La coupe de vos jours est-elle empoisonnée
Par un pleur de vos yeux qui coula sur le bord ?

Moi qui suis déjà vieux dans les choses humaines,
Dont le coeur a saigné plus souvent qu'à son tour.
Je ne regrette pas le sang pur dont mes veines
Ont rougi les boissons où je cherchais l'amour.

Car ce que m'ont appris la ronce et les épines,
C'est qu'il n'est rien de bon au monde que d'aimer,
Que même les douleurs de l'amour sont divines.
Et qu'il vaut mieux briser son coeur que le fermer.


Et c'est d'Emile Augier.


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