17 juillet 2007

Roger Le Gall, piscine municipale -

----La foule s'entassait dans ces quelques mètres cubes aqueux. Le spot solaire devait juger la prestation de ces pantins synchronisés insuffisante pour qu'il s'absentâ ainsi, se faisant désirer par l'intense chaleur qui régnait là.
---Sur quelques lignes d'eau, les personnes font irrésistiblement ces allers-retours d'une régularité syndicale, se coursant ainsi tel des chiots tentant vainement d'attrapper leur queue ou ces ânes bêtement trompés par leur gourmandise, brassant l'eau claire presque frénétiquement et sans repis.
---Quelques mètres plus loin, on s'emerveille encore d'un rien. On crie, on saute, mais rien de formel, pas de contrainte. Dix années dans un monde détruit par la routine, et ces boucles brunes égarées sur ces amandes vertes sont encore enjouées par la moindre pirouette déjouant les lois de l'apesenteur encore inconnues.
Dans ce vacarme d'enthousiasme et de frénésie, la nature ne tarde pas à frissoner. L'air se refroidit, des cristaux commencent à se détacher du coton atmosphérique pour se fondre , comme ces humains, dans l'eau chlorée. Mais si peu ne suffit pas à décourager ces moues enfantines et ces visages tordus par l'effort, la masse l'ignore encore. Au dessus, on ne tarde pas à envoyer la purée : dame Nature veut se faire remarquer. Alors, tel un enfant capricieux qui tire sur l'extremité du pull de sa génitrice pour se faire entendre et voir sa nouvelle fantaisie exaucée, elle densifie ses signaux. 
C'est une jolie danse à laquelle on assiste ici, les clapotis aqueux donnent le rythme, tandis que les joyeux cris des bambins stimulent nos nageurs effrenés. La pluie s'intensifie, désormais elle martèle ceux qui l'ignorent indécemment. Les hommes sont battus à coups de cristaux. Interloqués, certains sortent alors leur tête de l'eau. La pluie fait rage, frappant sans relâche la surface lisse de l'eau et l'empreintant d'ondes et de remous. Notre tableau n'est plus qu'une vague aquarelle ; on s'arrête de vivre, un instant, on observe cette orchestration cristaline. Caprice exaucé. L'enfance comme la nature parvient toujours à être écoutée car son regard est légitime, il est celui qui nous rappelle à la curiosité et l'enchantement.

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